Être artiste avec les moyens qu'offre deux millénaires de développment technologique est un grand privilège. Un des corrolaires de ces progrès techniques est l'accélération des phénomènes sociaux, engendrés par la révolution de l'information. Depuis quelques décennies, ces progrès ont été tels qu'il menacent maintenant directement le sort la planète qui nous sert de maison, autant que d'unique et collectif vaisseau spatial, tel que se plasait à l'imaginer l'auteur et principal explorateur du principe de la synergie, le réputé scientifique américan, M. Buckminster Fuller.

Les boulversements sociaux déja en cours sont bien suffisants pour poser de mutiples interrogations aux artistes contemporains. Il en découle une urgence de créer et de poser des questions sous forme d'oeuvres concrètes mais aussi "utiles", un paramètre bien tangible dans les oeuvres de Louis Veillette. Cette même urgence anime aussi depuis ses débuts, le projet Synergie qu'il dirige maintenant seul et qu'il a fondé en 1992 avec les artistes/techniciens Jimmy Lakatos et Yves Labelle.

Synergie (la théorie scientifique dont s'inspire le nom du projet) est devenu un mot à la mode au cours des dernières années. Pour de multiples raisons, cette expression a souvent été employée à tort et à travers.

MacDerome, offre un bon exemple de l'application de ce principe à ses propres explorations artistiques. Ce nouvel outil vient ainsi lui permettre de poursuivre l'examen des façons dont la collaboration et la participation de l'artiste dans son environnement, peuvent optimiser l'enrichissement de l'information échangée par toutes les parties impliquées, tout en leur permettant de conserver leur identité propre au sein de ce système.

Résultant de la réalisation des oeuvres elles-mêmes, la détermination et l'étude des facteurs influents agissant dans ces phénomènes, ne peut se faire que sur l'espace de décennies d'observations empiriques et instinctives sur le terrain. Il s'agit d'ailleurs bien là d'une des autres caractéristiques distinctives de la démarche de l'artiste.

La composante naturellement équilibrante de cette approche "lucide" telle que proposée par Louis Veillette lorsqu'il agit en tant que VJ se veut donc résolument ludique et désinvolte, dans le but d'agir comme contrepoids de ces préoccupations plus "sérieuses". Cette façon de faire particulière permet ainsi de ramener l'expression des oeuvres à des dimensions plus abordables pour tous, un facteur statistiquement désirable, lorsque la diversité des observations est importante à la compréhension d'un phénomène.

Outre ce travail performatif, avec des espaces scéniques, publiques et lieux de passage, Synergie encourage aussi la recherche ainsi que le développement de nouveaux outils, modes d'expression et de collaboration artistique. Synergie est aussi parfois connu, depuis ses débuts, à cause de son appui à différentes causes, du support technique, artistique et de diffusion, offerts certains artistes et projets, jusqu'aux préoccuation environnementales avec le Jour de la Terre et à la lutte contre le SIDA, dans le cadre du Black & Blue.

Les deux prochaines années seront marquées par la concrétisation de quelques projets déjà bien amorcés, dont la distribution publique du logiciel macDerome lui-même. Cette dernière phase marquant ainsi une étape importante d'un processus poursuivi au cours de la dernière décennie, une quête personnelle entreprise au travers une délibérément vaste gamme de contextes culturels et sociaux, avec la volonté de faire éclater certains châteaux forts, où se retranchent trop souvent l'art et beaucoup d'artistes.